Digital Swiss 5, une première réussie ?

Le tour de Suisse est bien maintenu, mais… virtuellement. (Photo : B. Keane/Press Sport)

Au cours de la semaine du 22 avril se déroulait le Digital Swiss 5, épreuve substitut du Tour de Suisse pour cette année. L’épreuve étant annulé en 2020, les organisateurs ont tout de même décidé de faire parler d’eux et de leur tour en l’organisant virtuellement. Ils ont choisi de s’associer avec l’application « Rouvy » pour mettre en place cette course. Cette application permet de courir avec la vision d’une route réelle et non d’un monde virtuel, les coureurs arpentent donc les routes suisses comme s’ils couraient dans le peloton.

Le format sera bien différent par rapport aux tours classiques que l’on connait. Les étapes seront bien plus courtes, à l’image des contre-la-montre. Cette épreuve sera également plus courte, en terme de jours de course. En effet, il n’y a que 5 jours de course, du 22 au 26 avril, alors que le Tour de Suisse actuel en compte 8, ce qui en fait le tour le plus long après les trois grands. Le nombre de jours de course a donc été raccourci dans cette épreuve. 19 équipes prennent place au départ de chaque étape, avec seulement 3 représentants de chaque équipe sur la ligne de départ. Il n’y a pas de classement général comme habituellement dans les courses, car les coureurs sont différents chaque jour et donc aucun ne participe à toutes les étapes. Sur cette épreuve, les équipes World-tour étaient donc alignées, avec en invités, Rally Cycling, Total Direct Energie et l’équipe nationale suisse.

Au programme de cette épreuve, 5 étapes, deux étapes vallonnées, deux étapes de montagne et une étape de plaine. Les courses sont conçues pour reproduire légèrement le parcours du Tour de Suisse et surtout pour durer environ 1 heure, la longueur des étapes varie donc entre 26,6 km et 46 km. Ce que l’on peut déjà dire au premier abord, c’est que cet e-Tour de Suisse a atteint son objectif, c’est à dire attirer presque toutes les plus grandes stars du cyclisme mondial. Au départ des épreuves, on retrouve notamment Rohan Dennis (Team INEOS), double champion du monde de contre-la-montre en titre, Mads Pedersen (Trek-Segafredo), champion du monde sur route. Mais également Primoz Roglic (Jumbo-Visma), numéro 1 mondial et vainqueur sortant de la Vuelta, Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step), dernière tête d’affiche du dernier Tour de France mais également un des meilleurs puncheur actuel. Et pour citer quelques-uns des plus connus ensuite, il y a aussi Vincenzo Nibali (Trek-Segafredo), Greg Van Avermaet (CCC), Michal Kwiatkowski (Team INEOS), ou les frères Yates (Mitchelton-Scott).

Julian Alaphilippe, Mads Pedersen et Greg Van Avermaet à l’affiche du Digital Swiss 5

Une des choses à déplorer, c’est que l’application choisie « Rouvy » ne prend pas en compte l’aspiration, les coureurs ne peuvent donc pas de se protéger ou rouler en peloton, à l’image d’une course en ligne classique. On pouvait donc se dire que les courses seraient uniquement des contre-la-montre avec une victoire déjà donnée pour des rouleurs. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les rouleurs s’en sont effectivement donnés à cœur-joie, avec notamment deux victoires pour Rohan Dennis et Stefan Küng (Groupama-FDJ). Malgré cela, ce n’est pas totalement un contre-la-montre pur et dur, s’accordent à dire Nicolas Roche (Sunweb) et Stefan Küng. Le suisse, dans une interview accordée à la chaîne l’équipe lors de la dernière course dit que « ce n’est pas totalement un contre-la-montre car on voit ses adversaires, mais en même temps, il n’y a pas d’aspiration donc ce n’est pas comme une course en ligne ». Pour Stefan Küng, « ce format est un mix entre la course en ligne et le contre-la-montre ». De plus, le coefficient de pénétration dans l’air ne rentre pas du tout en jeu, le fait d’être le plus « petit » possible sur son vélo, pour avoir le moins de résistance du vent possible ne sert pas à grand chose sur cette épreuve. Pour Nicolas Roche, c’est une discipline différente, il a réellement préparé ce Tour de Suisse virtuel « on s’entraîne avec Michael Matthews (Sunweb), mon frère et un ami tous les jours, on se fait des sorties en étant connectés ». Ses résultats (3 podiums en 3 courses dont une victoire) et ceux de Michael Matthews (2 podiums en 2 courses) démontrent que c’est bien une discipline à part, vraisemblablement entre le contre-la-montre et la course en ligne.

Stephan Kung et Michael Matthews à la lutte pour la victoire de la quatrième étape

On peut considérer cette épreuve comme réussie. Les coureurs et les amateurs de cyclisme ont pu retrouver l’incertitude du sport comme lors de la victoire à l’arrachée de Stefan Küng sur Michael Matthews (étape 4) ou avec la disqualification de Pierre Latour (AG2R La Mondiale) à cause d’un capteur mal étalonné (étape 3) alors qu’il était en tête au début du dernier col. On peut logiquement se demander si c’est une réelle alternative aux courses connues du circuit. Pour Marc Madiot (directeur sportif de la Groupama-FDJ), ces courses sont uniquement là pour divertir les gens, mais « il faut absolument reprendre les courses sur route, et en avoir le plus possible jusqu’à la fin de saison, quitte à avoir des plateaux qui ne sont pas ceux escomptés dans certaines courses ». Ce qui motive ce choix, c’est le fait de penser aux travailleurs autour du cyclisme et pas forcément aux grandes stars du cyclisme, ces gens méconnus du grand public (pas forcément des cyclistes) ont besoin de ces petites courses pour vivre. On l’aura bien compris, pour le directeur sportif français, il n’est pas question de continuer comme cela, une fois que le confinement permettra la reprise du cyclisme sur route.

Le digital Swiss 5 Fut donc une grande réussite, et a permis de mettre en lumière quelques points à améliorer sur d’éventuelles prochaines courses d’ici la fin du confinement, mais on peut se demander s’il y en aura d’autres et quelles seront ces épreuves.

Par : Aurélien Leguillon

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