Thibaut Pinot : Le Tour lui sourira-t-il un jour ?

Tristesse et dépit. Tels sont les mots décrivant la façon dont nous avons quitté Thibaut Pinot, le 26 Juillet 2019. Début d’étape comme à son habitude, puis vient l’orage et tout le paysage éclairci par un Alaphilippe rayonnant de jaune se confond entre désespoir et nostalgie. Thibaut Pinot abandonne le Tour de France 2019… improbable. 19ème étape, là où tout devait basculer. Eh bien, la bascule se fera sans l’un des hommes forts de l’édition.

C’est en pleurs que nous quittons un Pinot s’étant fixé comme objectif de remporter cette Grande Boucle. Mais non, le destin ne l’a pas voulu et cela devient redondant. Pourtant tout semblait coïncider : une place idyllique au classement général, une forme olympique, mais nenni. Ce dernier n’aura pas vu les Champs. Retour à la case départ…

Des difficultés physiques omniprésentes :

Durant la 18ème étape, dite étape Reine (ou Taponne pour nos confrères italiens), allant d’Embrun à Valloire, Pinot ressent une gêne au niveau de la cuisse gauche, qui l’empêche, dans les derniers kilomètres, de pédaler. Premier avertissement, mais nous n’en savions rien.

Au sortir de cette étape, le coureur français conte ses péripéties tout en affirmant qu’ « il y aura toujours un truc pour me faire chier ». Il parle, en effet, de sa possible blessure. Possible ? Pour l’heure, rien n’était acté, même au point de se présenter au départ le lendemain, avec le même objectif en tête : le maillot jaune. Pas besoin de remuer le couteau dans la plaie… nous savons tous la fin de l’histoire.

Mais cela n’est que bis repetita. Prenons un exemple récent : le Giro 2018. Tour de folie, avec un Chris Froome stratosphérique et renversant dans une 19ème étape légendaire. Pinot, quant à lui, en bon coureur, arrive à se tenir au rang des autres protagonistes, tels que Dumoulin, Lopez et Pozzovivo. Pour l’instant rien d’ahurissant. Sur le podium, au départ de la 20ème étape, faisant office de dernière étape pour le classement général, Pinot connait un terrible pépin physique l’empêchant de suivre le rythme des favoris. Pneumonie, qu’ils disaient… eh bien il s’en souviendra à jamais. Constat ? Un abandon imprévu sur une étape pouvant lui être bénéfique.

Chez Pinot, les doutes ne sont jamais mentaux mais physique. Comment y remédier ? Peut-être que la chance ne tourne pas en sa faveur. Théoriquement, la chance n’est que pour les audacieux. Les plus forts n’ont pas besoin de l’acquérir. Ce n’est qu’un décor sans importance.

Tout ceci pour dire qu’un Grand Tour se gagne en 3 semaines. Trois semaines d’acharnement et de concentration. Pendant ces semaines, Pinot se doit d’être physiquement irréprochable, dans les tous les sens du terme, si tel est son souhait de conquérir le Graal. Donc pas de blessure ! n’est-ce-pas ? Plus facile à dire qu’à faire. Une chose est sure : le véritable handicap de Pinot n’est pas l’adversité, mais lui-même.

Virtuellement successeur d’Hinault ?

Les nuages disparaissent peu à peu. Bernal écrase le Tour de France. 19ème étape arrêtée, cela ne change en rien notre état. Pinot a abandonné, toutes les chances de succéder à Hinault – dernier vainqueur français du Tour de France – sont partis en fumée. Fumée lourde et pesante sur un décor inanimé d’une France plongée dans la mélancolie de 2 semaines et demi de folie.

Au-delà de cela, Pinot a montré un très beau visage juste avant son abandon. De quoi nous donner de belles idées quant à la suite. Mais attention, restons prudent, Pinot nous réserve toujours de belles surprises. Bien sûr ! L’abandon de Bardet nous aurait-il autant marqué ? Lui, qui a connu un Tour difficile. Trop d’ambition, tue l’ambition. Une ambition débordante, bien qu’elle soit positive, se doit d’être en premier lieu contrôlée. Sinon ça casse.

Hinault et Pinot… ça fait Phinault ! Comme le dit le Franc-Comtois : « le cyclisme des années 80 m’aurait plus convenu. ». Nous t’avons déjà offert la consonance. Que veux-tu de plus ? Que l’on court plus au « feeling »  ? Les chances de victoires seront donc plus fortes ? Pas d’excuse, on vit où l’on vit. Reste maintenant à s’habituer. Le Tour de France 2019 est à oublier. Donc, tout recommencer à zéro ? En quelque sorte, il en serait préférable, afin que les séquelles ne soit pas trop dure à porter.

Hinault grand champion. Pinot, futur champion ? Du moins il ne faut pas tarder, puisque l’on estimera, par conséquent que ces plus belles victoires sont derrière lui. Le successeur d’Hinault sera quelqu’un d’entreprenant. Quelqu’un ayant le courage de contrer notamment la cadence métronomique de l’INEOS. Quelqu’un d’audacieux quoi ! Et tout cela, Pinot nous a montré qu’il en été capable. Alors, rendez-vous l’an prochain, pour de nouvelles aventures. Mais où ? Au Tour de France pardi !

Tour de France 2020 : on y croît !

De la montagne, de la montagne, et encore de la montagne… pas d’excuse. Une forme olympique du début à la fin !

Pour Pinot, ce Tour semble taillé pour lui. Friand des profils montagneux, il va être servit ! Raison d’y croire. Encore qu’il devrait être au rendez-vous… cela devient hasardeux. Restons, tout de même, chauvin, en exposant que Pinot en est le favoris numéro 1. Le chavisme prendra toujours le dessus. Mais tout en restant objectif, qui, mise à part Bernal, était en capacité de rivaliser avec le coureur français sur le dernier Tour de France, quand la route s’élevait ? Kruijwijk ? Buchmann ? Thomas ? Alaphilippe ? Je vous en prie, un peu de sérieux ! Bien évidemment que le Tour 2020 ne résoudra pas que par ça. Mais il faut tout de même avouer, que Pinot en jaune sur les Champs, après CE Tour de France, ça a de la gueule ! Il voulait le cyclisme des années 80 ? eh bien, il aura le parcours.

Pinot, entre parfait et imparfait, semble avoir passé un cap, physiquement que mentalement. Gagner et rien d’autre. Ce n’est pas donner à tout le monde ! Mais venant de lui, tout cela coïncide ! Lui le fabuleux montagnard, capable de d’avaler des cols en un temps ahurissant. Lui l’anti-héros. Il reviendra plus fort, et gare à la concurrence. Que vous le vouliez ou non, il sera là, plus fort que jamais. Il conquerra le Graal, avec l’aide de sa fidèle armée, La Groupama FDJ. Et je puis l’assurez que si les planètes sont, pour l’occasion, alignées, la ferveur française retentira dans les rues de Paris, et l’on pourra enfin dire : Pinot, héros national !

Crédit Photo : B.Papon – l’Equipe

Antonin FROMENTEL (rédacteur en chef)

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